Sept institutions vaticanes vont désormais coordonner la réflexion de l'Église sur l'intelligence artificielle. Le pape Léon XIV a approuvé la création d'une commission dédiée à l'IA, juste avant la publication de sa toute première encyclique, attendue le 25 mai. Et le sujet retenu n'est pas un hasard : l'IA et le travail.
Une commission qui rassemble sept institutions
La décision a été officialisée par décret pontifical. La nouvelle commission inter-dicastériale regroupe quatre dicastères (Développement humain intégral, Doctrine de la foi, Culture et éducation, Communication) et trois académies pontificales (Vie, Sciences, Sciences sociales). Chaque institution nomme un représentant, et c'est le dicastère pour le Développement humain intégral qui pilotera l'ensemble pendant un an, mandat renouvelable. Le but est le suivan : parler d'une seule voix sur un sujet où le Vatican avait jusqu'à présent multiplié les initiatives en ordre dispersé.
Magnifica Humanitas, dans la lignée de Rerum Novarum
L'encyclique elle-même porterait le titre Magnifica Humanitas, soit Humanité magnifique. Léon XIV devait la signer le 15 mai, jour anniversaire de Rerum Novarum publiée en 1891 par Léon XIII. Le rendez-vous a été décalé à fin mai. Le pape actuel n'a pas choisi son nom au hasard : son lointain prédécesseur avait posé les bases de la doctrine sociale de l'Église face à la révolution industrielle, et lui veut faire le même travail face à l'IA. Le texte insiste sur la subordination de la technique à la personne humaine, pas l'inverse, et place les droits des travailleurs, la créativité et l'autonomie morale au centre.
Le Vatican prend ses marques face à l'IA
Le Vatican a déjà mis en place ses propres règles internes sur l'usage de l'IA dans la cité-État, et le pape François avait soutenu le Rome Call for AI Ethics puis s'était adressé aux chefs d'État du G7 en juin 2024 sur le sujet. François alertait régulièrement sur le risque de réduire l'humain à des données et d'accélérer les inégalités. Léon XIV reprend le flambeau, mais en mettant plus de moyens moyens. Une encyclique d'abord, qui reste le format le plus solennel des écrits papaux. Et derrière, une commission permanente pour coordonner les réflexions sur la durée. Le cardinal Czerny y voit un vrai signe d'espérance pour aider la Curie romaine à gérer le sujet en interne comme dans le monde entier. C'est ambitieux donc.
On en dit quoi ?
C'est rigolo quand même de voir une institution vieille de deux mille ans se positionner aussi tôt sur un sujet aussi actuel et en mouvement . Là où certains États rament encore pour produire un cadre cohérent, le Vatican monte une commission permanente et boucle une encyclique en quelques mois. On peut glousser devant l'image, mais il y a une vraie cohérence derrière : Léon XIII avait théorisé les droits des ouvriers à une époque où personne ne le faisait, et son successeur tente le même coup pour les travailleurs menacés par les IA.